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    <title>Micro essais</title>
    <link>https://micro-essais.writeas.com/</link>
    <description>Réflexions à la volée. Micro essais qui ne demandent qu&#39;à être développés. &lt;BR&gt;Textes par Emmanuel Delannoy</description>
    <pubDate>Fri, 08 May 2026 17:37:58 +0000</pubDate>
    <item>
      <title>Existence, du latin ex(s)istere</title>
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      <description>&lt;![CDATA[Étymologiquement, l’existence est un surgissement. Une apparition hors de l’invisible, dans le visible. &#xA;&#xA;Creusons un peu la question. On dit parfois : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». &#xA;&#xA;Retournons la formule : que vaudraient ces « preuves d’amour », sans l’amour lui même ? &#xA;&#xA;Que serait la connaissance, sans l’apprentissage ? Et plus encore, sans le désir d’apprendre ? Que serait la sagesse, sans l’expérience ? &#xA;&#xA;Que vaut l’œuvre, sans l’acte de créer ? Le poème sans les ratures ? Le roman sans les pages déchirées ?&#xA;&#xA;On devine, à travers ces exemples, que la question n’est pas tant de savoir s’il faut croire ou non en quelque chose d’invisible, que de savoir si le monde visible que nous connaissons pourrait exister sans lui.&#xA;&#xA;C’est l’invisible qui tient le visible.&#xA;&#xA;Appelons le désir, passion ou amour. Appelons le lien, liaison, relation. Qu’importe. C’est cet invisible là qui tient le monde, le rend possible et le fait ex(s)iter.&#xA;&#xA;Or, on voudrait nous faire croire aujourd’hui, par culte du rendement, ou de la performance, que seul le résultat compterait. &#xA;&#xA;On voudrait nous pousser, au nom de l’efficacité, à sacrifier, sur l’autel du résultat, le processus invisible qui l’a rendu possible.&#xA;&#xA;Alors que, dans bien des cas, c’est le processus lui même qui constitue l’essentiel. &#xA;&#xA;Voilà pourquoi les gains d’efficacité ne sont jamais neutres. Voilà pourquoi toute production générée par intelligence artificielle ne peut en aucun cas prétendre au statut d’œuvre. Parce qu’elle accélère au point de l’effacer presque entièrement tout le processus nécessaire à sa production, elle passe à côté de l’essentiel. &#xA;&#xA;Je ne suis pas en train de dire qu’il faut définitivement renoncer à l’IA, pas plus qu’à d’autres moyens d’augmenter notre puissance d’agir. Mais il est urgent de réfléchir à ses implications profondes. S’il s’agit avec elle d’accélérer toujours plus, alors nous sacrifierons l’essentiel : la relation et tout ce qu’elle implique. &#xA;&#xA;Contrairement à ce qu’affirment aujourd’hui les penseurs de l’IApocalypse, ce n’est pas l’humanité qui est menacée par l’IA à court terme. Mais plutôt ce qui fait que nous sommes humains. Cela inclut nos faiblesses, nos limites, mais aussi ce que avons de meilleur : le désir de créer, le désir d’aimer, le besoin d’être en relation les uns avec les autres.&#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Étymologiquement, l’existence est un surgissement. Une apparition hors de l’invisible, dans le visible.</p>

<p>Creusons un peu la question. On dit parfois : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ».</p>

<p>Retournons la formule : que vaudraient ces « preuves d’amour », sans l’amour lui même ?</p>

<p>Que serait la connaissance, sans l’apprentissage ? Et plus encore, sans le désir d’apprendre ? Que serait la sagesse, sans l’expérience ?</p>

<p>Que vaut l’œuvre, sans l’acte de créer ? Le poème sans les ratures ? Le roman sans les pages déchirées ?</p>

<p>On devine, à travers ces exemples, que la question n’est pas tant de savoir s’il faut croire ou non en quelque chose d’invisible, que de savoir si le monde visible que nous connaissons pourrait exister sans lui.</p>

<p>C’est l’invisible qui tient le visible.</p>

<p>Appelons le désir, passion ou amour. Appelons le lien, liaison, relation. Qu’importe. C’est cet invisible là qui tient le monde, le rend possible et le fait ex(s)iter.</p>

<p>Or, on voudrait nous faire croire aujourd’hui, par culte du rendement, ou de la performance, que seul le résultat compterait.</p>

<p>On voudrait nous pousser, au nom de l’efficacité, à sacrifier, sur l’autel du résultat, le processus invisible qui l’a rendu possible.</p>

<p>Alors que, dans bien des cas, c’est le processus lui même qui constitue l’essentiel.</p>

<p>Voilà pourquoi les gains d’efficacité ne sont jamais neutres. Voilà pourquoi toute production générée par intelligence artificielle ne peut en aucun cas prétendre au statut d’œuvre. Parce qu’elle accélère au point de l’effacer presque entièrement tout le processus nécessaire à sa production, elle passe à côté de l’essentiel.</p>

<p>Je ne suis pas en train de dire qu’il faut définitivement renoncer à l’IA, pas plus qu’à d’autres moyens d’augmenter notre puissance d’agir. Mais il est urgent de réfléchir à ses implications profondes. S’il s’agit avec elle d’accélérer toujours plus, alors nous sacrifierons l’essentiel : la relation et tout ce qu’elle implique.</p>

<p>Contrairement à ce qu’affirment aujourd’hui les penseurs de l’IApocalypse, ce n’est pas l’humanité qui est menacée par l’IA à court terme. Mais plutôt ce qui fait que nous sommes humains. Cela inclut nos faiblesses, nos limites, mais aussi ce que avons de meilleur : le désir de créer, le désir d’aimer, le besoin d’être en relation les uns avec les autres.</p>

<p><img src="https://i.snap.as/KTOjpOlh.jpeg" alt=""/></p>
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      <guid>https://micro-essais.writeas.com/existence-du-latin-ex-s-istere</guid>
      <pubDate>Fri, 08 May 2026 16:06:32 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title> Pourquoi écrire de la poésie ? </title>
      <link>https://micro-essais.writeas.com/pourquoi-ecrire-de-la-poesie?pk_campaign=rss-feed</link>
      <description>&lt;![CDATA[Il y a deux questions derrière ce « pourquoi ? » :&#xA;&#xA;La première est celle de l’utilité, questionnable en effet. À quoi sert la poésie ?&#xA;&#xA;La seconde est celle de l’impulsion, qui vient de soi, ne répond à aucune sollicitation extérieure et peut naître indépendamment de toute utilité, réelle ou perçue.&#xA;&#xA;Alors, la poésie, ça sert à quoi ? À faire son intéressant ? À sauver le monde, ou du moins à essayer de le rendre un peu meilleur qu’il ne l’est ? À soigner les cœurs et les âmes ? À mettre un peu de beauté dans nos quotidiens ? À s’évader ? À prendre du recul ? À aider à vivre ? À vivre, tout simplement, mais vraiment, c&#39;est-à-dire ne pas seulement survivre ?&#xA;&#xA;Un peu de tout cela, sans doute. Chacune et chacun d’entre nous pourra trouver, parmi les propositions ci-dessus, celle ou celles qui lui conviendront le mieux, et pourra bien sûr se sentir libre d’en ajouter d’autres.&#xA;&#xA;Je reviendrai sur deux d’entre elles :&#xA;&#xA;La première, c’est la vertu thérapeutique de la poésie. Écrire de la poésie, ou lire de la poésie nous fait du bien. Lorsque mon père était malade, je lui envoyais régulièrement des poèmes, et il me disait que cela lui faisait du bien. Lorsque nous souffrons, la poésie, comme la musique, la littérature ou d’autres formes d’expression artistique, nous apaise.&#xA;&#xA;Mais est-ce vraiment pour cela qu’on se décide, un jour, à écrire ?&#xA;&#xA;Pour rendre le monde meilleur alors ? Quelle prétention ! Et pourtant, deux constats : le premier est que chaque poète en engendre d’autres. Écrire, c’est susciter d’autres vocations. C’est ouvrir pour beaucoup un nouveau champ des possibles. C’est révéler à soi et ouvrir à d’autres la possibilité de découvrir une facette de leur personnalité qu’elles n’avaient jamais exploré jusqu’alors. Il y a donc, par la poésie, une puissance de propagation dont l’ampleur est sans doute bien plus large que ce qui est perceptible, un peu comme un courant de profondeur indétectable depuis la surface.&#xA;&#xA;Voilà qui m’amène au second constat : aucune lutte, aucun soulèvement, aucune mobilisation n’est possible s’il n’y a pas, quelque part enfoui profondément en nous une petite lueur qui nous dit que d’autres possibles sont possibles. Rien ne façonne plus profondément le monde réel que les mondes imaginaires. J’en veux pour preuve l’obsession des despotes pour l’appauvrissement des désirs. Ce qu’avait si bien démontré Orwell dans « 1984 » avec la « novlangue » a été appliqué pratiquement à la lettre par Goebbels : une propagande efficace suppose d’appauvrir la langue, la pensée et donc les désirs, afin de mieux soumettre les populations, avec leur consentement de surcroît.&#xA;&#xA;Aussi modeste que soit la poésie, du moins en apparence, elle est un moyen de lutte. Elle est un ferment à préserver, une braise à entretenir à tout prix, un relai à transmettre entre les individus, les peuples et les générations.&#xA;&#xA;Mais est-ce vraiment pour cela qu’on se décide, un jour, à écrire ?&#xA;&#xA;Peut être. Mais peut-être pas. Je ne peux ici parler que pour moi.&#xA;&#xA;J’ai d’abord écrit des essais, puis des poèmes. Les premiers répondent à une logique « fonctionnelle » : transmettre des savoirs, des analyses, émettre des propositions et faire circuler des idées. J’ai toutefois très tôt ressenti le besoin d’y ajouter une note personnelle, plus sensible, un peu comme des respirations.&#xA;&#xA;Mais à mesure que je me suis orienté vers des textes plus poétiques, j’ai bien senti que j&#39;étais face à une nécessité. Un impulsion, profonde, irrépressible, qui répondait à quelque chose qui montait de plus en plus fort en moi : de l’angoisse, de la colère, de la tristesse, face à la destruction systématique de ce que notre monde recèle de plus beau. De la consternation face à l’incurie de nos dirigeants, leur incompétence ou leur mauvaise foi, je ne sais, et donc leur incapacité à discerner ce qui est essentiel, vital, de ce qui ne sont que des moyens. J&#39;étais submergé par une profonde détresse et un sentiment d’impuissance face à ce glissement progressif, ce « crash mou » du socle sinon d’une civilisation, du moins d’une capacité de vivre ensemble, de vivre vraiment, pleinement et épanouis.&#xA;&#xA;Alors, que faire ?&#xA;&#xA;Devenir fou. En crever.&#xA;&#xA;Ou fuir.&#xA;&#xA;Et s’il existait une autre voie ?&#xA;&#xA;Écrire. Créer. Ne pas laisser l’angoisse, la colère, la tristesse, la consternation et l’aigreur gagner et tout emporter. En faire quelque chose, même si c’est peu.&#xA;&#xA;Entretenir la flamme, pour pouvoir un jour la transmettre.&#xA;&#xA;Vivre.&#xA;&#xA;« Mieux vaut allumer une bougie que de maudire les ténèbres »&#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Il y a deux questions derrière ce « <em>pourquoi ?</em> » :</p>

<p>La première est celle de l’utilité, questionnable en effet. À quoi sert la poésie ?</p>

<p>La seconde est celle de l’impulsion, qui vient de soi, ne répond à aucune sollicitation extérieure et peut naître indépendamment de toute utilité, réelle ou perçue.</p>

<p>Alors, la poésie, ça sert à quoi ? À faire son intéressant ? À sauver le monde, ou du moins à essayer de le rendre un peu meilleur qu’il ne l’est ? À soigner les cœurs et les âmes ? À mettre un peu de beauté dans nos quotidiens ? À s’évader ? À prendre du recul ? À aider à vivre ? À vivre, tout simplement, mais vraiment, c&#39;est-à-dire ne pas seulement survivre ?</p>

<p>Un peu de tout cela, sans doute. Chacune et chacun d’entre nous pourra trouver, parmi les propositions ci-dessus, celle ou celles qui lui conviendront le mieux, et pourra bien sûr se sentir libre d’en ajouter d’autres.</p>

<p>Je reviendrai sur deux d’entre elles :</p>

<p>La première, c’est la vertu thérapeutique de la poésie. Écrire de la poésie, ou lire de la poésie nous fait du bien. Lorsque mon père était malade, je lui envoyais régulièrement des poèmes, et il me disait que cela lui faisait du bien. Lorsque nous souffrons, la poésie, comme la musique, la littérature ou d’autres formes d’expression artistique, nous apaise.</p>

<p>Mais est-ce vraiment pour cela qu’on se décide, un jour, à écrire ?</p>

<p>Pour rendre le monde meilleur alors ? Quelle prétention ! Et pourtant, deux constats : le premier est que chaque poète en engendre d’autres. Écrire, c’est susciter d’autres vocations. C’est ouvrir pour beaucoup un nouveau champ des possibles. C’est révéler à soi et ouvrir à d’autres la possibilité de découvrir une facette de leur personnalité qu’elles n’avaient jamais exploré jusqu’alors. Il y a donc, par la poésie, une puissance de propagation dont l’ampleur est sans doute bien plus large que ce qui est perceptible, un peu comme un courant de profondeur indétectable depuis la surface.</p>

<p>Voilà qui m’amène au second constat : aucune lutte, aucun soulèvement, aucune mobilisation n’est possible s’il n’y a pas, quelque part enfoui profondément en nous une petite lueur qui nous dit que d’autres possibles sont possibles. Rien ne façonne plus profondément le monde réel que les mondes imaginaires. J’en veux pour preuve l’obsession des despotes pour l’appauvrissement des désirs. Ce qu’avait si bien démontré Orwell dans « 1984 » avec la « novlangue » a été appliqué pratiquement à la lettre par Goebbels : une propagande efficace suppose d’appauvrir la langue, la pensée et donc les désirs, afin de mieux soumettre les populations, avec leur consentement de surcroît.</p>

<p>Aussi modeste que soit la poésie, du moins en apparence, elle est un moyen de lutte. Elle est un ferment à préserver, une braise à entretenir à tout prix, un relai à transmettre entre les individus, les peuples et les générations.</p>

<p>Mais est-ce vraiment pour cela qu’on se décide, un jour, à écrire ?</p>

<p>Peut être. Mais peut-être pas. Je ne peux ici parler que pour moi.</p>

<p>J’ai d’abord écrit des essais, puis des poèmes. Les premiers répondent à une logique « fonctionnelle » : transmettre des savoirs, des analyses, émettre des propositions et faire circuler des idées. J’ai toutefois très tôt ressenti le besoin d’y ajouter une note personnelle, plus sensible, un peu comme des respirations.</p>

<p>Mais à mesure que je me suis orienté vers des textes plus poétiques, j’ai bien senti que j&#39;étais face à une nécessité. Un impulsion, profonde, irrépressible, qui répondait à quelque chose qui montait de plus en plus fort en moi : de l’angoisse, de la colère, de la tristesse, face à la destruction systématique de ce que notre monde recèle de plus beau. De la consternation face à l’incurie de nos dirigeants, leur incompétence ou leur mauvaise foi, je ne sais, et donc leur incapacité à discerner ce qui est essentiel, vital, de ce qui ne sont que des moyens. J&#39;étais submergé par une profonde détresse et un sentiment d’impuissance face à ce glissement progressif, ce « crash mou » du socle sinon d’une civilisation, du moins d’une capacité de vivre ensemble, de vivre vraiment, pleinement et épanouis.</p>

<p>Alors, que faire ?</p>

<p>Devenir fou. En crever.</p>

<p>Ou fuir.</p>

<p>Et s’il existait une autre voie ?</p>

<p>Écrire. Créer. Ne pas laisser l’angoisse, la colère, la tristesse, la consternation et l’aigreur gagner et tout emporter. En faire quelque chose, même si c’est peu.</p>

<p>Entretenir la flamme, pour pouvoir un jour la transmettre.</p>

<p>Vivre.</p>

<p>« <em>Mieux vaut allumer une bougie que de maudire les ténèbres</em> »</p>

<p><img src="https://i.snap.as/LM02LhiM.png" alt=""/></p>
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      <guid>https://micro-essais.writeas.com/pourquoi-ecrire-de-la-poesie</guid>
      <pubDate>Fri, 08 May 2026 15:42:04 +0000</pubDate>
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